Le monde du sertão habite les grandes villes brésiliennes

Les écrivains brésiliens des années 1930 ont été les premiers, dans la fiction de leur pays, à pointer avec autant d’acuité les bouleversements entraînés par le passage d’un monde agricole à une économie essentiellement urbaine. Les raisons de l’exode rural sont à la fois structurellement économiques et écologiques, la région semi-aride du sertão, au nord-est du Brésil, étant particulièrement affectée par les sécheresses. Dans la fiction actuelle, c’est le monde urbain qui domine, et cependant, parmi les orientations intéressantes du roman contemporain, un élément frappant est le regard singulier, proposé par certains romanciers, sur les trajectoires d’exilés ruraux qui, souvent pour fuir la sécheresse, ont rejoint les principaux centres urbains du pays.

Le mot sertão a de multiples connotations et de nombreux avatars dans la littérature brésilienne, depuis le sertão décrit par Euclides da Cunha (1866-1909), qui dans Hautes terres (1902) [ Os sertões , titre original] évoque la guerre de Canudos, une lutte entre paysans révoltés et l’armée de la toute récente République, jusqu’au sertão mythique et poétique de Guimarães Rosa. D’une façon très générale, ce terme renvoie aux grands espaces à l’intérieur des terres, et peu à peu en est venu à désigner, plus spécifiquement, une zone semi-aride dans l’hinterland brésilien, au sein de laquelle les pouvoirs publics, pour mener des politiques d’urgence dans les terres les plus affectées par les pénuries d’eau et l’érosion des sols, ont circonscrit, en 1946, un « polygone des sécheresses ».

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François Weigel , « Le monde du sertão habite les grandes villes brésiliennes. Figures d’exilés ruraux dans le roman brésilien contemporain. », Les chantiers de la création [En ligne], | 2019, mis en ligne le 20 avril 2019. URL : http://journals.openedition.org/lcc/1601