L’ONU dénonce le "racisme structurel" au Brésil

2020-11-24T00:00:00Z

La mort d’un homme noir roué de coups, jeudi 19 novembre, par des vigiles blancs d’un supermarché Carrefour, à Porto Alegre, a mis le feu aux poudres au Brésil, où des manifestations demandant justice ont éclaté. Face au drame, l’Organisation des Nations unies a demandé une enquête indépendante, dénonçant mardi le « racisme structurel » du pays.

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Le communiqué de l’ONU:

L’assassinat de João Alberto Silveira Freitas, un Afro-Américain battu à mort par deux agents de sécurité privés dans la ville de Porto Alegre, dans le sud du Brésil, est un exemple extrême mais malheureusement trop fréquent de la violence subie par les Noirs au Brésil. Il illustre de façon frappante la discrimination structurelle et le racisme persistants auxquels sont confrontés les personnes d’origine africaine.

Cet acte déplorable, qui s’est tragiquement produit à la veille de la Journée de la conscience noire au Brésil, devrait être condamné par tous.

Les responsables gouvernementaux ont la responsabilité particulière de reconnaître le problème sous-jacent du racisme persistant dans le pays, car c’est la première étape essentielle pour le résoudre.

Le racisme structurel, la discrimination et la violence auxquels les personnes d’origine africaine sont confrontées au Brésil sont documentés par des données officielles, qui indiquent que le nombre de victimes afro-brésiliennes d’homicide est disproportionnellement plus élevé que celui des autres groupes. Les données montrent également que les Afro-Brésiliens, y compris les femmes, sont surreprésentés dans la population carcérale du pays.

Nous croyons savoir qu’une enquête est en cours concernant la mort de M. Silveira Freitas. Elle devrait être rapide, approfondie, indépendante, impartiale et transparente et devrait également examiner si des préjugés raciaux ont joué un rôle. Cet aspect devrait également être pris en compte pour garantir la justice et la vérité, ainsi que la réparation et le dédommagement de sa famille.

Nous appelons également les autorités à enquêter sur toute allégation d’usage inutile et disproportionné de la force contre des personnes qui ont manifesté pacifiquement après la mort de Silveira Freitas et à demander des comptes aux responsables.

Cette affaire et l’indignation généralisée qu’elle a suscitée mettent en évidence l’urgente nécessité pour les autorités brésiliennes de s’attaquer au racisme et à la discrimination raciale en étroite coordination avec tous les groupes de la société, en particulier les plus touchés.

L’héritage du passé est toujours présent dans la société brésilienne comme dans d’autres pays. Les Noirs brésiliens subissent le racisme structurel et institutionnel, l’exclusion, la marginalisation et la violence, avec - dans de nombreux cas - des conséquences mortelles. Les Afro-Brésiliens sont exclus et presque invisibles des structures et des institutions décisionnelles.

Pour remédier à cette situation, des réformes urgentes des lois, des institutions et des politiques, y compris des mesures de discrimination positive, sont nécessaires. Il faut s’attaquer aux stéréotypes raciaux profondément ancrés, y compris parmi les fonctionnaires de la police et du système judiciaire. Les autorités doivent également intensifier l’éducation aux droits de l’homme, afin de promouvoir une meilleure compréhension des causes profondes du racisme, et faire un plus grand effort pour encourager le respect de la diversité et du multiculturalisme, et favoriser une connaissance plus approfondie de la culture et de l’histoire des Afro-Brésiliens ainsi que de leur contribution à la société brésilienne.

Si l’État a le devoir de prévenir et de réparer les violations des droits de l’homme, les entreprises commerciales ont également la responsabilité de respecter les droits de l’homme tout au long de leurs opérations et de leurs relations commerciales. Cette responsabilité exige d’une entreprise qu’elle fasse preuve de diligence raisonnable en matière de droits de l’homme afin de prévenir, d’identifier et d’atténuer les risques liés aux droits de l’homme, y compris dans le cadre de la passation de contrats de sécurité privée. Nous notons que Carrefour - membre du Pacte mondial des Nations unies (le réseau d’entreprises qui s’engagent à soutenir les objectifs des Nations unies) - dans les locaux duquel Silveira Freitas a été tuée, a déclaré avoir déjà mis fin à son accord avec l’entreprise de sécurité privée concernée. Carrefour devrait expliquer si, et comment, il avait évalué les risques pour les droits de l’homme liés à l’engagement de l’entreprise et quelles mesures il avait prises pour atténuer ces risques en vue d’éviter une telle tragédie.